« L’Homme, au bord de la mer, a peur pendant un instant de la forêt aux champignons, jusqu’à ce qu’il comprenne que les vagues qui le submergent ne font que l’apaiser »
(Aki Kaurismäki, dans la revue Lento publiée par Finnair, janvier-mars 1999)

On nous les avait vendu « bizarres » et « autistes ». Autant dire qu’on ne nous les avait pas vendu du tout, Mika Vainio et Ilpo Väisänen, alias Pan Sonic (rebaptisé ainsi depuis la chute malencontreuse d’un « a » au milieu des années 1990 à laquelle une marque célèbre n’est peut-être pas étrangère…), formation finlandaise emblématique de la scène électronique expérimentale fondée en 1994 à Turku et pionnière de la techno minimale.
Pendant les balances précédant leur live dans l’espace Charlie Parker de la Grande Halle de la Villette le 6 juin dernier, les compères s’amusèrent de fait à affoler les potentiomètres à grands coups d’infrabasses retorses, donnant à l’auditeur (enfin, ce qu’il pouvait en rester après ce traitement sonique de cheval) une représentation sans doute assez exacte de ce qu’il pourrait ressentir en s’amusant à faire du saut à l’élastique dans la faille de San Andréas en pleine secousse sismique…
Nous parvenions quand même à attraper le duo par le bout de la casquette en proposant une rencontre improvisée en loge et au soda. Ce qu’ils acceptèrent bien volontiers, à notre grande surprise. Pas si ours que cela le duo venu du froid, plutôt équanime, malgré l’économie de mots, héritage sans doute de leur finlanditude. On s’interroge d’ailleurs sur ce qu’elle recouvre exactement chez Pan Sonic, dont une bonne moitié (en l’occurrence Mika) réside depuis une dizaine d’années dans le branché Kreuzberg berlinois, et semble avoir tout oublié des délices boréaux. Comme si nous avions finalement affaire à deux post-Finlandais en chair et en os, résidant comme ils le disent eux-mêmes « d’un cirque planétaire », fût-il satanique tendance dada. Et comme on achève bien les chevaux, la parole est désormais à Mika et Ilpo, qui nous ont, à leur manière, reçu en grande pompe (un peu dans le postérieur quand même) dans leur imaginaire riche et tordu.
Les extraits musicaux utilisés dans la bande sonore proviennent du dernier DVD de Pan Sonic, « Kuvaputki », paru cette année chez Blastfirstpetite et distribué en France par le label differ-ant.